Le club qui lit les autrices africaines

Incipit : Celles qui attendent de Fatou Diome

Depuis début avril, sur le blog du Jifa Bookclub, nous explorons les incipit des 57 ouvrages de la sélection 2020-2021.

A titre d’information pour qui en a besoin : un incipit est le terme qui désigne les premiers mots (ou paragraphes) d’une œuvre littéraire.

Ouvrage du jour : Celles qui attendent

Genre : Roman
Année de publication : 2010
Nombre de pages : 286
Éditeur : Flammarion
Collection : Hors collection – Littérature française

Prologue

Arame, Bougna, Coumba. Daba, mères et épouses de clandestins, portaient jusqu’au fond des pupilles, des rêves gelés, des fleurs d’espoir flétries et l’angoisse permanente d’un deuil hypothétique ; mais quand le rossignol chante, nul ne se doute du poids, de son cœur. Longtemps, leur dignité rendit leur fardeau invisible. Tous les suppliciés ne hurlent pas.

Silence ! En pays guelwaar, on sait se taire avec l’obstination d’un chasseur à l’affût, et si la mutité n’est pas gage de courage, elle en donne au moins l’apparence. L’orgueil est parfois une tenue d’apparat, l’on ne fera jamais les traînes assez longues, tant les égratignures à couvrir sont nombreuses. Dentelle ! Qu’on nous jette de la dentelle là où la peau ne compte que des trous, l’illusion sera parfaite. Il y’a tant de couchers de soleil qu’on apprécie, moins pour leur beauté que parce qu’ils nous sauvent de l’acuité du regard inquisiteur. Rideaux ! Que les rideaux soient opaques n’est jamais un fait du hasard. Les furoncles s’accommodent mieux de l’ombre.

Mères et épouses d’aventuriers, Arame et Bougna ne cachaient rien, elles couvaient tout, comme le flamant rose son œuf. Certes, les chimères persistaient à danser derrière les paupières, mais une mine maussade trahissait par moments la sourde frayeur qui les habitait.

Avez-vous lu le roman de Fatou Diome ? Envisageriez-vous une (re)lecture commune ?

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